Le stationnement gênant sur les trottoirs, zones 20 et pistes cyclables est largement répandu. Il fait partie des comportements qui banalisent les risques que les motorisés font encourir aux usagers vulnérables. Or les piétons et cyclistes représentent une grande part des victimes d’accident sur les routes du Val de Marne (43% sur la période 2013-2021, bien plus que la moyenne nationale) et ce sont généralement les véhicules motorisés qui en sont responsables. On s’attendrait donc à ce que les autorités montrent une certaine sévérité vis-à-vis du stationnement gênant, mais elles semblent faire preuve d’une tolérance excessive.
Serions nous trop critiques ? Pour éclairer le sujet, nous avons parcouru les rues de Créteil pendant un peu plus de 2 heures lors d’un après-midi du mois de mars, en prenant des photos de véhicules stationnant sur les trottoirs ou pistes cyclables le long d’un parcours d’une vingtaine de kilomètres. Les 85 photos prises entre 16h et 18h15 ont permis de dénombrer 240 exemples de stationnement gênant :
- 65 voitures stationnant les 4 roues sur le trottoir
- 98 voitures stationnant avec 2 roues sur le trottoir.
- 35 voitures stationnant dans une zone 20 en-dehors des emplacements autorisés, ou sur un passage piéton
- 29 motos stationnant sur trottoir ou en zone 20 hors emplacements autorisés
- 13 véhicules motorisés stationnant sur piste cyclable
Le stationnement « 4 roues sur le trottoir » ou « au ras des façades » se rencontre dans beaucoup de rues de quartiers résidentiels : rue Monfray, rue Gustave Eiffel, rue Chéret, Avenue Jean-Baptiste Champeval, rue Victor Schoelcher… Dans certaines voies (rue de Mayenne, rue A. Thomereau, rue de Bonne) de longues sections de trottoirs sont obstruées de façon systématique.

Les zones 20 sont parfois envahies par des stationnements de moyenne ou longue durée (rue Charles Beuvin par exemple) . Dans la zone 20 du centre ancien, on assiste à une succession de stationnements de courte durée en-dehors des emplacements autorisés (rue du Général Leclerc, rue P.F. Avet, rue d’Estienne d’Orves). Lors du reportage, un automobiliste a même reproché au photographe de l’empêcher par sa présence de stationner ainsi!

Les scooters et motos se garent fréquemment sur les trottoirs ou les zones 20. On les trouve aussi souvent cadenassés aux potelets de stationnement vélo ou à des grilles de tous types.

Enfin, les stationnements sur piste cyclable sont assez peu nombreux (13 en 2 heures) mais rapportés à la longueur de piste cyclable parcourue, sont bien gênants pour les cyclistes. Ils présentent localement un caractère systématique (par exemple rue Gustave Eiffel).

Dans plusieurs cas le stationnement sur trottoir endommage des plates-bandes ou des zones végétalisées du domaine public (avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, rue Monfray, avenue de la République). Dans quelques cas les véhicules stationnés bloquent des sorties de secours ou des accès pompiers (avenue de la France Libre, Avenue du Général Billotte).

Quelques remarques ….
- Beaucoup d’automobilistes cherchent à se garer le plus près possible des façades, quitte à mettre 4 roues sur le trottoir. Cette pratique est dangereuse pour les piétons qui sont obligés de marcher sur la chaussée.
- Dans de très nombreux cas le stationnement gênant laisse moins de 80 cm pour passer ce qui bloque les personnes à mobilité réduite (PMR). Cela restreint fortement leur liberté de circuler (essayez de descendre de trottoir avec un fauteuil roulant !!).
- Bien des stationnements gênants ont été observés à proximité de parkings publics (parking Brie-Joly, parking de l’hopital H. Mondor) qui n’étaient pas saturés lors de notre reportage. En utilisant ces parkings les automobilistes et motards auraient pu éviter de gêner piétons, PMR et cyclistes.
- le stationnement des voitures sur les trottoirs gêne la visibilité des piétons, notamment quand ils souhaitent traverser les rues, les mettant ainsi en danger.
- Le stationnement de motos et scooters sur les trottoirs restreint le passage, banalise la circulation d’engins fortement motorisés et bruyants au milieu des piétons et crée un risque de chute sur les piétons en cas d’incident ( jeux, maladresse, bousculade,…)
- Le stationnement gênant des professionnels (engins, camionnettes,..) est fréquent. Quand on engage la conversation il est souvent revendiqué par le conducteur (« moi je travaille »…) comme si les piétons étaient des parasites.
- Le déploiement d’une douzaine de gardes urbains par la Ville depuis 2019 semble sans effet sur le stationnement gênant.
- le stationnement gênant encombre l’espace public de véhicules qui ne devraient pas s’y trouver, empêchant ainsi les usagers des mobilités douces, actives et non polluantes de s’épanouir dans leur environnement.
… et une conclusion :
Les autorités font bien preuve de laxisme vis-à-vis du stationnement gênant à Créteil, et c’est inexcusable.
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