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Les speedbikes, trottinettes et fatbikes débridés de plus en plus nombreux et dangereux dans nos pistes cyclables et voies vertes

Chez Partage ta rue 94, nous formons à la vélo-école nos concitoyens au vélo en ville et nous plaidons pour un réseau cyclable agréable et sécurisé. Un tel réseau commence à apparaître en Ile-de-France : élus et aménageurs améliorent constamment le quotidien des gens à vélo. Mais depuis quelques temps hélas, on observe un problème croissant : certains usagers contrevenants détournent ces aménagements cyclables pour des usages motorisés, au mépris de la loi et de la sécurité, suscitant frictions et même des collisions. Toujours plus nombreux, toujours plus rapides, de plus en plus modifiés : divers engins mutants rendent nos trajets stressants et dangereux sur certains axes, notamment sur la voie verte en rive droite de la Marne et de la Seine à l’entrée de Paris. Alarme et coup de gueule.

Les « speedbikes » : catégorie cyclomoteurs

Un vélo qui vous frôle à 45 km/h sans forcer dans la piste cyclable? C’est possiblement un « speedbike ».

Un speedbike est un véhicule à assistance électrique qui appartient à la catégorie des cyclomoteurs (classe L1e-b). A la différence d’un VAE limité à 25 km/h – de par son assistance, mais vous pouvez ensuite atteindre ou dépasser les 30 km/h à la force des jambes –, un speedbike peut monter jusqu’à 45 km/h.

Normalement on reconnaît ces véhicules à leur plaque d’immatriculation. Elle est obligatoire. Sauf que leurs utilisateurs sont nombreux à les enlever pour se dissimuler (750 € d’amende)… Pareil, certains oublient de porter le casque (modèle homologué moto), également obligatoire, tout comme l’assurance (jusqu’à 3 750 € d’amende). Surtout, comme les autres cyclomoteurs, ils sont interdits dans les pistes cyclables et voies vertes (150 € d’amende). Ils y sont pourtant nombreux au quotidien, par exemple dans la voie verte à Charenton-le-Pont, vers Paris entre la Seine et l’autoroute A4.

Les trottinettes et gyroroues débridées : danger maximal

C’est la catégorie des EDPM, pour engins de déplacements personnels motorisés. La réglementation applicable est ici, retenons l’obligation d’assurance et le bridage à 25 km/h. On est hélas souvent très loin de la trott’ des collégiens, avec des engins et des équipements comme les casques de moto, les visières fumées, les équipements de protections en cuir… Ces usagers manifestement inspirés par le monde de la moto ajoutent l’intimidation à des vitesses parfois effarantes, bien au-delà de la limite légale des 25 km/h. Il suffit de taper ‘trottinette débridée’ dans un moteur de recherches de vidéos pour entrevoir toute une culture toxique autour de la vitesse et de la prise de risque. Ce sont certainement les usagers les plus dangereux par les vitesses atteintes et le peu de conséquences pour eux des chocs ou collisions. Ils ne sont heureusement qu’une poignée sur la voie verte vers Paris, au contraire des fatbikes.

Les « fatbikes », de mauvais vélos du quotidien

Nos élèves de la vélo-école nous posent souvent la question : « Maintenant que je sais faire du vélo, quel modèle acheter ? » On vous le dit tout de suite : nous déconseillons fortement les fatbikes, ce sont de très mauvais vélos au quotidien.

Au départ, les fatbikes sont juste des vélos, avec ou sans assistance électrique, dotés de gros pneus et souvent d’un châssis au centre de gravité bas. Ce type de vélo sert normalement à rouler dans la neige, le sable ou la boue… Leurs gros pneus n’ont donc aucun intérêt dans l’agglomération parisienne. Adhérence ou confort améliorés ? Des pneus en 45 mm ou des suspensions suffisent, de longue date… Ces « vélos » sont plus gros, plus lourds (rarement moins de 30 kilos), ils sont donc plus difficiles à bouger, à soulever, à stationner. La hauteur de selle n’est souvent pas réglable, ce qui rend la position très inconfortable pour pédaler. En outre ils sont bruyants : on entend certains modèles arriver de loin, à cause des crampons sur la gomme…

Enfin dernier souci et non des moindres : ce sont souvent des engins « bas de gamme ». Leurs composants et pièces diffèrent ou ne respectent pas les normes européenne, ils se dégradent vite. Les fatbikes sont plus difficile à entretenir et réparer. On connaît même des mécaniciens qui refusent de les prendre en réparation tellement ils peinent… Des véhicules jetables ? Au besoin cet article du site spécialisé Wheelz revient sur la mode autour de ces engins, leurs inconvénients : rendement inefficace, poids très élevé, assise inconfortable, tout cela les amène à conclure que « l’usage d’un fat bike en milieu urbain est contre-productif ».

Les fatbikes débridés, un fléau

Un petit rappel de la réglementation : un vélo à assistance électrique est un vélo tant que son moteur ne dépasse pas les 250 watts de puissance et que son assistance se coupe au-delà des 25 km/h.

Comme pour les trottinettes, une grande partie du succès des fatbikes tient aux possibilités de « débridage » : une manipulation permettant d’enlever la bride des 25 km/h (quand l’assistance s’arrête) et d’atteindre 40, 50 km/h ou plus… Là aussi, les moteurs de recherche vous renseigneront sur la facilité de l’affaire, et l’hypocrisie des distributeurs les écoulant. Le débridage est une infraction qui fait encourir des amendes pouvant atteindre 1 500€ et aussi la confiscation immédiate du véhicule.

Mais il faut dire que la réglementation est confuse et les contrôles sont rarissimes. Vu l’absence de risques, leurs utilisateurs vont même souvent rajouter diverses options : plus besoin de pédaler, manette rotative façon « poignée de gaz » de moto, certains enlèvent les pédales, d’autres achètent des modèles directement dépourvus. Bref, ce sont des scooters électriques mal déguisés en vélos…

Si les vitesses restent plus contenues que les trottinettes débridées, c’est surtout le nombre et les comportements qui posent problème. Les assureurs commencent à tirer la sonnette d’alarme.

Avec les beaux jours le « vélotaf » va se compliquer, les frictions vont se multiplier, tant que la « course à l’armement » continue…

Publicité pour un fatbike très imposant, blanc, vu de trois quarts face. Sur la seconde photo le compteur affiche 46,8 km/h. Sur la troisième photo une vue en coupe montre deux moteurs, un dans chaque roue.
A l’image de ce modèle (vu en circulation à Paris) certains vélos revendiquent sans complexe disposer de 2 moteurs, un dans chaque roue, développant 2000 W et pouvoir atteindre des vitesses bien supérieures aux 25 km/h légaux.

Besoin de contrôles urgemment

Certains pays ou collectivités réagissent au phénomène et prennent le problème à bras le corps. Aux Pays-Bas, 10 500 fatbikes ont été saisis jusqu’alors, à l’occasion de contrôles de la commercialisation (par exemple en douanes, dans les ports) et en circulation sur la voie publique. Les policiers néerlandais disposent pour cela de 250 bancs de contrôles, mesurant vitesse et puissance. Les amendes pour débridage sont de 310€, et le véhicule est confisqué en cas de récidive. Ici un article du quotidien néerlandais ‘Het Parool’, en version traduite.

En France, des contrôles ont eu lieu à Lille et à Strasbourg, nous rapporte Le Monde. La ville de Paris et sa police municipale commencent également à faire des contrôles, mais de vitesse, aux jumelles. Il y a lieu de réclamer le contrôle des débridages et l’application des sanctions associées, pour résoudre durablement le problème.

Un courrier au Préfet en janvier

Vu les problèmes croissants en nombre et en intensité, notre association ainsi que MDB et Paris en Selle ont demandé de tels contrôles au Préfet du Val-de-Marne, en janvier, notamment sur la voie verte vers Paris, où les infractions sont les plus spectaculaires. Nous espérons ainsi que nos pistes cyclables, dans le département comme dans toute l’Ile de France, retrouvent l’apaisement, pour le confort et surtout la sécurité du plus grand nombre.

Modifier la réglementation ?

Nous avons observé que le nombre d’engins mutants et contrevenants a augmenté à partir du décret n° 2022-31 du 14 janvier 2022, qui a notamment légalisé les draisiennes électriques, des petits véhicules engins sans pédales et/ou avec selles. Ce texte valait-il le coût de brouiller toutes les catégories de véhicules, pour quelques draisiennes d’importation?

Concernant les « fatbikes », l’exemple du Québec au Canada est intéressant : vu les excès et problèmes de sécurité constatés, les pouvoirs publics ont, par arrêté de décembre 2024, interdit de circulation les vélos électriques ne présentant pas d’étiquette de conformité et ayant l’une des caractéristiques suivantes :

  • appuis-pieds ou plateforme pour les pieds du conducteur ;
  • pneus et roues donnant l’apparence d’une motocyclette ou d’un cyclomoteur ;
  • carrosserie couvrant en partie ou complètement leur cadre ou certaines de leurs composantes et sans selle ajustable en hauteur ;
  • moteur qui dépasse les limites de vitesse et de puissance en vigueur.

En France, des règles claires basées sur des catégories claires permettraient une meilleure connaissance des usagers et un meilleur contrôle par les pouvoirs publics. Nous appelons également de nos vœux une réforme en ce sens, pour garder des mobilités « douces », un partage harmonieux de la voie publique, la sécurité du plus grand nombre.

Commentaires

3 réponses à “Les speedbikes, trottinettes et fatbikes débridés de plus en plus nombreux et dangereux dans nos pistes cyclables et voies vertes”

  1. Avatar de Nathalie J.

    Bonjour et merci pour vos actions !
    Il y a en effet belle lurette que je ne prend plus la voix verte entre la Seine et l’autoroute (je roule en VAE bridé depuis 2018, classique auparavant), du fait de sa fréquentation, je ne m’y sentais plus en sécurité.
    Je prend par Charenton pour aller d’Alfortville à l’avenue Ledru Rollin. Je m’y sentais en sécurité, j’espère que les travaux de superbe piste réalisés en ce moment Charenton n’attireront pas les débridés…
    Pour éviter ces désagréments de partage des voies, j’ai aussi changé mes horaires. Tout ça est bien dommage, je vais travailler en vélo depuis une trentaine d’années, je n’avais jamais ressenti l’inconfort de ces dernières années.
    Merci à vous,

    1. Avatar de Peperlito

      Bonjour, merci pour votre témoignage. Plusieurs usagers nous ont aussi fait part de changements d’itinéraires pour les mêmes raisons d’inconfort et de stress générés par ces nouveaux engins et leurs utilisateurs. La parallèle D6/rue de Paris à Charenton est aussi leur refuge et les travaux du Département en cours devraient apporter un confort et une protection remarquables (les portions terminées sont bien faites, l’amélioration est déjà sensible), nous avons hâte de voir cet aménagement terminé. C’est aussi un symbole: le signal d’une reprise, d’une amélioration d’aménagements cyclables existants (quand trop d’aménagements sont obsolètes, sous-dimensionnés et sur trottoirs notamment, dans notre département). Bien à vous.

  2. Avatar de Karine L.

    Bonjour et merci pour cet article. Ces véhicules débridés se trouvent un peu partout maintenant à des fréquences diverses : ils utilisent les pistes cyclables, les bandes d’arrêt vélo devant les feux tricolores, et j’en ai même croisé dans le bois de Vincennes ! En plus du risque qu’il font courir aux usagers non motorisés car ils roulent souvent n’importe comment, ils font du bruit et c’est bien dommage pour notre sérénité. J’ai été récemment à Toulouse, une ville qui s’est largement piétonisée, où ces véhicules débridés semblent encore rares, c’est tellement agréable de s’y promener, le bruit est réduit, pas de « vélo déguisé en moto » qui vous frôle, et les personnes que je connais qui y travaillent et viennent en voiture depuis les villages environnant y trouvent aussi leur compte (parkings en périphérie), comme quoi quand la volonté est là tout le monde peut cohabiter.

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